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Le projet Centre V

 
 

1936 Le projet Centre V

Dès le mois de septembre 1936, le ministère de l’Air s’intéresse particulièrement aux trois carrières de Palotte que nous désignerons ci-après par carrière A, B et C. Les carrières A et B appartiennent à la Société FEVRE & Cie et la carrière C à la Société CIVET POMMIER.

Palotte 1938

Leur disposition en forme de galeries, sous un manteau calcaire de près de 100 m d’épaisseur et une surface utilisable de 35000m², en font un emplacement spécialement indiqué pour y installer une usine de guerre, moyennant quelques aménagements intérieurs.

Point de vue du terrain Le village de Vincelles

Mais le site de Cravant possède aussi, sur l’autre rive de l’Yonne, une vaste plaine qui peut être aménagée.

Le projet centre V rassemble les deux entités pour donner naissance à un grand site industriel aéronautique homogène. Son emprise s’étend sur les communes de Cravant, Vincelles, Vincelottes, Irancy et Bazarnes. Ce centre aéronautique sera constitué, entre autre, d’une chaine de "montage final" en "atelier protégé".

Le centre V doit comprendre :

Sur la rive droite, des ateliers installés dans les carrières souterraines de Palotte. Sur la rive gauche, une centrale de montage, plusieurs hangars de piste, un téléphérique, divers bâtiments accessoires, un raccordement avec la voie ferrée Auxerre-Cravant et une piste d’envol. Toutes ces installations, une fois réalisées, feront du CENTRE V un des sites aéronautiques les mieux protégés de France.

 

 

 

Ainsi les vastes salles des carrières de Palotte permettront la fabrication, en toute sécurité, des pièces qui seront ensuite acheminées dans la plaine. Là, les avions seront assemblés dans les "ateliers protégés", à l’épreuve des bombes, puis une fois terminés, ceux-ci pourront décoller et procéder aux essais en vol.

 
 
 
 

 La centrale de montage

La centrale de montage est l’oeuvre architecturale la plus colossale du projet.

Les dimensions sont imposantes : 132 m de long, 50 m de large pour une hauteur totale de 26 m.

  Vue en coupe de la centrale avec ses cinq niveaux
 
 
Sa forme extérieure arrondie, avec une épaisseur de béton de 2 m pour toute la toiture, permet une bonne résistance aux attaques et bombardements aériens. La structure est prévue pour résister aux bombes de 500 Kg.
 
 
 
 

 La piste d’envol

Le projet centre V prévoit une piste en dur de 1200 m de long et 40 m de large. De chaque côté est aménagée une bande de 40 m de sécurité. Axée suivant la vallée, la piste n’est correctement dégagée qu’en direction de l’ouest, vers le village de Vincelles.

Détail du réseau de drainage de la piste d’envol
 
 
Là encore l’entreprise est ambitieuse et moderne avec notamment la mise en place d’un système de drainage complet dans le sous-sol de la piste.
 
 
 
 
 

 Les hangars

Pour accueillir les avions, le projet prévoit l’implantation d’un premier hangar, à l’extrémité sud de la piste, vers Cravant. Un deuxième, facultatif prendra place non loin de l’écluse de Rivottes. Ils couvrent chacun une surface de 3600 m².

Hangar nord situé près du canal  
 
 
 
 
 

 Le téléphérique

Pour relier les carrières à la plaine, il est prévu un téléphérique de 500 m capable de transporter de lourdes charges.

      Gare : arrivée du téléphérique et départ de la liaison ferriviaire
 
 
 
Sur la rive droite, le départ se situe près de l’entrée da la carrière A. Sur la rive gauche, la gare d’arrivée est située le long du canal du Nivernais. Celle-ci a une double fonction, à la fois gare de téléphérique et gare ferrovière. En effet, elle est raccordée au réseau ferroviaire interne du Centre V.
 
 
 
 

 Le réseau ferroviaire interne

Pour faire suite au téléphérique, là encore, une réponse moderne et d’envergure est proposée : l’utilisation massive du chemin de fer pour l’acheminement et le transport des charges lourdes de toutes natures dans la plaine. Près de 3 kms de voies, dont 950 m de garage et de maintenance, et 6 aiguillages, sont imaginés pour le bon fonctionnement et la gestion des flux.

Le réseau ferrovieire interne de Centre V
 
 
L’ensemble de ce réseau militaire est relié par un embranchement à la ligne SNCF Laroche-Nevers. Cette bifurcation permet aussi l’utilisation des installations de la gare de Cravant-Bazarnes, équipée pour effectuer les manoeuvres et les changements de machines à vapeur. Le train a une telle importance qu’une gare de maintenance de 200 m² est prévue près de la centrale de montage.
La gare de maintenance et le réfectoire situé sur la commune de Cravant   Aiguillage, voies de manoeuvre et de raccordement avec le réseau SNCF
 
 
 
 
 

 1939 Le Centre V

De la théorie à la réalisation

Dès la mobilisation générale du 2 septembre 1939, les carrières de Palotte sont réquisitionnées. A partir du 21 septembre, l’Entrepôt de Réserve Générale de Munitions de Chemilly-sur-Yonne, en occupe une partie en vue d’y stocker des munitions. Le 25 octobre, le ministre de l’Air charge les services de la Direction Technique des Travaux et Installations de procéder à la réalisation d’un centre industriel aéronautique à Cravant. 

Les travaux d’aménagement des carrières

A l’extérieur, après réquisition des parcelles, le chemin vicinal menant de Vincelottes à Cravant est élargi. 

A l’intérieur, il s’agit d’adapter les carrières à leur future utilisation comme usine souterraine. Les travaux d’aménagement portent sur :

- Le nivellement du sol avec bétonnage partiel, le dallage du sol des carrières A et B, la peinture à la chaux vive dans les carrières A et B.

- L’installation de l’énergie électrique comprend un poste de coupure haute tension, une cabine de transformation avec installation complète, une alimentation force et lumière des carrières A et B, une alimentation provisoire lumière de la carrière C.

- L’alimentation en eau avec l’installation de WC, de lavabos et d’un système d’évacuation des eaux usées

- L’installation d’un réseau de distribution d’air comprimé et la construction d’une cabine.

- Le cloisonnement par des constructions en parpaings pour la création de bureaux et de magasins.

- La réalisation d’un passage entre les carrières B et C, le plus éloigné des entrées.

- La réalisation d’un passage entre les carrières A et B, le plus rapproché des entrées

Local technique : compresseurs et ventilation Passage entre les carrières A et B Entrée de la carrière A
 
 

Les travaux d’aménagement de la plaine

Après avoir bien avancé les aménagements dans les carrières et effectué l’acquisition des terrains, les travaux importants débutent dans la plaine seulement fin mars 1940. Mais le temps est compté. 

 

Les priorités sont données aux chantiers suivants : la centrale de montage, la piste d’envol, les aménagements ferroviaires, les deux réfectoires.

Réfectoire

Pour dresser cette cathédrale de béton armé, les travaux de terrassement sont considérables car la base des fondations se trouve à 6 m en dessous du sol rapporté.

 

 

La centrale de montage

  L'épaisseur des contreforts est exceptionnelle
 
La deuxième étape consiste à couler les deux contreforts sur la totalité de la longueur ainsi que la dalle du sous-sol. Au mileu, de chaque côté, deux vastes portes d’accès transpercent les 7 m de chaque arche.

Ensuite, 6 rangées de 17 piliers de 40 cm x 40 cm sont dressés pour soutenir la dalle du rez-de-chaussée. D’une épaisseur de 40 cm, celle-ci est prévue pour supporter une charge de 600 kg/m².
 
Côté Cravant, dans l’axe de la centrale, la dalle est percée d’une ouverture de 14 m x 2,5 m permettant le transfert de matériels entre le sous-sol et le rez-de-chaussée.
Longeant cette découpe par la droite, se trouve l’arrivée du chemin de fer pénétrant sur une longueur de 35 m. Il est à noter d’ailleurs le rajout de 4 piliers et de raidisseurs pour supporter cette surcharge locale.
 
 
   

 

 

 Le Centre V et la construction du LeO 45  

Le Centre V est choisi pour acceuillir la fabrication du bombardier LeO45. L’usine souterraine de Palotte effectuera le montage des tronçons centraux de voilure. 



 le LéO 45

La conception de l’aile et des tronçons centraux

L’aile du LeO45, de construction assez complexe, est constituée par deux tronçons centraux et deux demi-ailes extérieures. Les tronçons centraux portent les fuseaux-moteurs, le train d’atterrissage et les volets de courbure. Chaque tronçon est construit autour de deux longerons. Entre ces derniers, des logements sont aménagés pour recevoir les lance-bombes et les réservoirs de carburant.

Les demi-ailes extérieures comprennent chacune un caisson sur lequel se fixe le saumon, le bord d’attaque et le bord de fuite portant les ailerons. Ce caisson présente une jonction en biseau qui vient s’enclaver dans le tronçon central.

Panneau de tôle ondulée des 1/2 ailes externes   Longeron et sa fixation sur fuselage

 L’ossature de l’aile est entièrement recouverte de panneaux en tôle de duralumin, à l’exception des bords de fuite et des ailerons qui sont entoilés.

Structure extérieure de l'aile Structure de l'aile côté emplanture (intérieur)

Ces tronçons traversent l’Yonne à laide du téléphérique. Comme les autres sous-ensembles venant des différentes usines, ils pénétreront directement par chemin de fer dans la centrale de montage blindée pour l’assemblage du bombardier.

Les essais en vol se feront à partir de la piste, puis stockage dans les hangars avant de rejoindre une unité de bombardement.

 

La drole de guerre

Les jours passent. La France se sent à l’abri derrière de la ligne Maginot. Elle préfère mettre à profit ce répit par l’Allemagne, pour essayer de moderniser son armée et améliorer son système défensif.

A Cravant, des deux côtés de l’Yonne, on s’affaire, à grand renfort de béton, à participer à l’effort de guerre. Mais le temps reste dramatiquement compté ...........

 

 

 

 Les compagnies de travailleurs étrangers (CTE)

 

 

 

 L’abandon des installations

Devant l’avance ennemie, à partir du 13 juin, le camp de prisonniers allemands de Cravant est évacué par le train, direction le sud de la France.

Dans le même temps au Centre V, les travaux d’aménagement cessent. Les sapeurs du génie procèdent à la destruction des installations, notamment en brûlant les arceaux destinés à dresser la voûte de la centrale de montage.

Quelques jours avant l’armistice, les Allemands prennent possession des lieux. Il y récupèrent le matériel abandonné, mettent les carrières sous bonne garde et emmènent en Allemagne les quelques équipements et machines outils déjà en place.

 

 

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